UN HOMME A LA MER
( histoire véridique)
Nous revenions avec le M/S Ile Maurice de Madagascar via Durban en cette année 1957 =
A hauteur des Iles Canaries , à 16 nœuds avec des vents alizés force 3 à 4 , par un grand soleil en début d’après midi , j’étais sur l’aileron babord de la passerelle avec le Second qui était de quart. Nous bavardions de choses et d’autres ----
Non loin de la , une équipe de mécanos était dans une chaloupe pour essayer de démarrer le moteur à titre de vérification périodique-----le moteur étant récalcitrant , le Chef Mécanicien s’approche , saute dans l’embarcation (il était jeune et sportif ) pour donner des conseils---------
Cette embarcation était munie d’une traverse longitudinale , une piece de bois assez étroite , servant à soutenir un taud de toile formant un « toit » pour abriter de la pluie. Pour accomplir leur travail , les mécanos avaient replié grossierement la toile .
Le Chef , la cigarette aux levres , une main dans la poche , s’engage en équilibre sur cette traverse = a cet instant, un léger roulis l’oblige à reprendre son équilibre =malheureusement son pied se prend dans la toile et le roulis penche le navire sur babord = déséquilibré , il tente désesperemment de se rattraper mais sans succes = on entend son cri pendant sa chute interminable d’environ 20 metres : Meeeerde !
Ayant assisté à la scene , le Second attrape une bouée couronne munie d’un « phoscar » et la balance à la mer -------manque de chance , pour raison de peinture, le déclencheur du phoscar avait été detaché ( un bout relié au bastingage déchire la boite métallique , cela permet la mise à feu du produit ) . C’est ainsi que la bouée couronne , une fois dans l’eau , n’émettait pas de fumée ------le Second me passe ses jumelles et me dit : surtout ne le perd pas de vue sinon on ne le retrouvera pas ----et il fonce vers la passerelle pour prendre des dispositions pour manœuvrer =
Manœuvres à effectuer d’extreme urgence en semblable situation =
- Prevenir la machine d’avoir à stopper en catastrophe : pour cela il faut avant tout débrayer la dynamo attelée sur l’arbre porte hélice qui fournit la totalité du courant quand on est en route libre , mais avant de la debrayer il faut mettre un groupe électrogéne en marche ce qui demande du temps ----- pendant tout ce temps qui m’a paru une éternité , j’avais dans mes jumelles , la tete du bonhomme qui avait réussi à gagner à la nage la bouée qu’on lui avait lancée ( c’était bon signe , la chute ne l’avait pas mis K.O.)------
- à 16 nœuds on s’éloigne tres vite et je ne voyais la tete que par intermittence dans les vagues !! C’est tres petit , une tete d’épingle qui disparaît entre deux vagues !
- Occupé par la manœuvre , le Second n’avait pas pu demander de l’aide à la passerelle , j’étais donc seul à tenir le contact visuel et les jumelles devenaient lourdes , tres lourdes = si j’avais baissé les bras pour les reposer , je savais que je ne retrouverai pas la tete dans les vagues et étant donné l’absence de fumée du phoscar défaillant , cet homme aurait été perdu--------j’avais des crampes dans les bras mais il fallait tenir à tout prix ! ------
Le Second manoeuvrait en fonction de la direction dans laquelle je regard ais ! heureusement à cette époque j’avais une bonne vue ----
Apres un temps qui m’a paru tres long , le Second a enfin reussi la manœuvre = inverser la route de 180 ° et revenir sur le naufragé en avant lente ---je pus me libérer des jumelles et j’envoyais immédiatement sur 500 kcs le message réglementaire =
XXX DE FNQW = A MAN OVER BOARD POSITION : LONGITUDE XXX LATITUDE XXX PLEASE KEEP SHARP LOOKOUT AND REPORT
( Message urgent de “Ile Maurice = un homme à la mer par longitude xxx et latitude xx
Bien surveiller et rendre compte )
Pendant ce temps le navire revenait en avant tres lente vers le naufragé . Arrivé à sa hauteur , le Second manoeuvra le chadburn sur en arrière toute pour casser l’erre du navire et stopper . Malheureusement le moteur ne voulait plus redemarrer ; c’est ainsi que nous passames devant le naufragé qui , croyant qu’on ne le voyait pas , criait à s’en peter les cordes vocales . Le moteur consentit enfin a démarrer et on revint en marche arrière jusqu'à lui. Cette action avait écarté sensiblement le navire du naufragé et il fut décidé de mettre à l’eau un « youyou » situé sur la dunette : ce youyou n’avait pas de moteur et c’est à la rame qu’il se dirigea vers lui . Pendant la mise a l’eau de l’embarcation , sous l’effet des alizes , le navire s’écartait de l’homme à la mer et la distance augmentait sensiblement. : les rameurs avancaient peniblement dans une mer formée ; ils arriverent néanmoins à hisser le gaillard avec difficulté car il pesait bien ses 100 kg.
Quand on l’a ramené à bord , c’était une loque : son séjour dans la mer l’avait refroidi et il était en état d’hypothermie car son repéchage avait bien duré une bonne heure
Apres l’avoir réchauffé , on constata qu’il n’avait pas trop souffert du choc du à sa chute d‘une hauteur de 20 metres ------ !
Le lendemain matin , apres une bonne nuit , il papillonnait à nouveau parmi les passagers et racontait sa mésaventure (à sa facon ! )--------Par contre j’ai attendu en vain de sa part un peu de considération car j’estime que l’action du Second et de moi-même lui a sauvé la vie !
Pas de merci , rien ……… nous avions quand meme la satisfaction d’avoir accompli correctement notre boulot.
Apres cet apres midi mouvementé , je m’attendais a etre sollicité pour faire un rapport détaillé des faits = mais non , meme pas la visite du Commandant pour en parler, à croire qu’il ne s’était rien passé = je crois que la décision avait été prise d’étouffer cette affaire pour ne pas nuire aux carrieres des intervenants.------- circulez , il n’y a rien à voir -----
50 ans ont passé et ma mémoire me restitue difficilement les noms des Officiers présents à bord lors de cette affaire =
Commandant Alainmat
Second Chazelon
Lieutenant Jodon de Villeroché
2e Mécanicien Tiffoche
3e Mécanicien Letutour
Officier Radio Garrigues
Impossible de me rememorer le nom du Chef Mécanicien , héros malgré lui de cette affaire .
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Bonjour Gilbert,
Tout d'abord, merci pour votre anecdote. Auriez-vous des photos ou des écrits de cette épisode maritime à faire profiter aux personnes du forum?
Cordialement,
Mélinda
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Bonjour Melinda !
Hélas je n'ai aucun ecrit concernant cette affaire. Comme je l'ai relaté, cette affaire a été étouffée...............
Par contre je vais essayer de vous joindre la photo du M/S Ile Maurice de cette époque: cela vous donnera une idée de la hauteur de la chute : entre la partie superieure de la chaloupe sur ses bossoirs et le niveau de la mer -----
Cordialement
G.Garrigues
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M/S Ile Maurice en 1957
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