Merci pour ce que vous nous apportez.
Les journées de Montpellier et Perpignan sont construites un peu différemment et éviteront le problème que vous soulignez à Marseille. Et fort de notre expérience du colloque marseillais, nous avons en effet rajouté un important temps consacré aux témoignanges.
Encore merci de votre présence à Marseille et de votre participation.
Christelle Harrir
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D'AIN-EL-ARBA VERS LE PORT D'ORAN
Le petit déjeuner terminé, les bols lavés, les adieux expédiés, nous devions nous retrouver chez le Curé du village où nous attendaient M Belmonte le chauffeur du Curé, Fernande la gouvernante, et l’ Aronde fourgonnette qui allait nous conduire à Oran.
Je ne me souviens plus très bien comment nous étions assis dans cette aronde familiale, ni si ma mère nous accompagnait, mais je crois me souvenir que mon père avait pris sa voiture et que nous nous suivions.
La voiture de mon père était une dauphine blanche immatriculée 284 FD 9G.
J’ai su plus tard qu’elle avait été convoyée d’Oran à Bourges par la société Serre et Pilaire pour un prix de 31.50 francs de l’époque.
Elle devait quitter le port d’Oran le 25 juin 1962 pour arriver à Bourges le 03 juillet 1962.
Nous étions donc partis, les uns dans la fourgonnette du curé, les autres dans la dauphine paternelle, deux voitures isolées dans ce mois de juin de tourmente, sur la route entre Aïn-El-Arba et Oran.
Une route qui semblait interminable dans ce matin gris sans soleil.
Je revois maintenant précisément la scène, moi et mes cousins à l’arrière de l’aronde du curé, les yeux fixés sur le compteur de vitesse.
C’était un compteur Simca qui ressemblait à un thermomètre horizontal et sur lequel la vitesse était indiquée par une sorte de liquide orange qui progressait vers la droite au fur et à mesure que la voiture accélérait.
Nous roulions entre 110 et 120 kilomètres à l’heure, et j’étais impressionné par la stabilité du liquide orange entre ces deux chiffres magiques 110 et 120.
J’observais fixement le compteur, peut-être pour ne pas avoir à parler, lorsque je le vis descendre subitement, et sentis simultanément la voiture ralentir.
M Belmonte poussa un juron en ralentissant. Tout le monde dans la fourgonette regarda la voiture en panne sur le bord de la route, en équilibre sur un cric instable, et les deux arabes en djellaba qui faisaient signe de nous arrêter.
Dans une sorte de manœuvre très subtile, notre chauffeur vint doucement à hauteur des deux hommes, puis semblant les reconnaître, s'écria :
Fellaghas !
Il accéléra en tournant la tête vers eux, ce qui fit faire une légère embardée à la voiture, comme pour un signe d’adieu.
Personne ne disait rien alors que nous regardions attentivement la voiture de mon père, derrière nous, qui avait scrupuleusement effectué la même manœuvre que l’aronde.
Avions-nous échappé à une embuscade ? J’aimais à le croire, mais personne n’en parla plus tout au long du chemin vers Oran.
Dopée par l’incident, la voiture reprit sa vitesse initiale et le compteur se cala à nouveau sur le chiffre de 110 kilomètres à l’heure.
Nous avions parcouru la moitié du chemin, environ, lorsque nous rattrapâmes un convoi escorté par deux half-tracks qui avait dû se constituer le matin même dans le village, et partir un peu plus tôt que nous.
L’adjudant de gendarmerie responsable de ce convoi nous obligea cette fois à stopper, et fit remarquer vertement aux chauffeurs qu’ils avaient été inconscients de partir seuls avec autant de personnes dans deux voitures sans protection.
C’est donc escortés par la gendarmerie, et à vive allure, que nous sommes entrés dans Oran.
PREMIER ACCES AU PORT
Mon oncle François devait nous accompagner jusqu’au port de tourisme dans sa 4CV bleu pétrole pour une première reconnaissance des lieux.
Soi disant, pour nous faire gagner du temps, il avait choisi un itinéraire improbable par des rues connues de lui seul et dans lesquelles nous nous heurtions inévitablement à des barrages militaires.
Sans hésiter, il choisissait une solution de contournement en nous disant qu’il maîtrisait la situation et adressait, alors qu’il tournait brutalement à droite ou à gauche avant le barrage, un message en morse à l’aide de son klaxon en répétant à voix haute son contenu supposé.
Entre les points et les traits, il ajoutait de sa voix bégayante :
- Ne...ne...vous inquiétez pas !
Je me souviens des silhouettes des militaires dans le soleil, alors que nous tournions brutalement pour éviter un barrage.
Devant les barrières rouges et blanches et les chevaux de frise, ils agitaient vainement les bras, les croisant plusieurs fois au-dessus de leur tête pour nous intimer l’ordre de renoncer à notre manœuvre. Une autre fois, des gardes mobiles tentèrent de se lancer à notre poursuite en sifflant violemment dans leurs sifflets à roulette. Tous montraient du doigt la 4CV, et semblaient la promettre à quelque sanction que je n’osais imaginer.
Cela n’entamait pas la détermination de mon oncle François dont la méthode s’est avérée efficace puisque nous sommes arrivés sans encombre au port.
La foule immense qui attendait a refroidi, quelques instants, notre ardeur, mais mon père, infatigable optimiste, nous dit :
attendez là
je vais voir,
Et comme à chaque fois dans des situations identiques, alors que nous commencions à douter et à nous impatienter, il revenait souriant, en nous disant :
ça y est j’ai les billets.
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