C'est en mai 1975, après la guerre israélo-arabes que j'ai franchi pour la première fois le canal de Suez.
Nous faisions route de Marseille vers la Réunion et Madagascar sur le "Ville du Havre" de la NCHP.
Après notre arrivée sur rade de Port Saïd, une corvée nous attendait: la préparation du projecteur à l'avant pour le canal. Si je me rappelle, je crois bien qu'il devait y avoir une cinquantaine de boulons à dévisser pour l'ouverture de la trappe prévue à cet effet. Un rail permettait de l'avancer au droit de l'étrave.
Combien de fois avions nous préparé ce projecteur alors que nous ne nous en servions pratiquement jamais!!
La rade était pleine et jusqu'au soir nous guettions la pinasse à moteur qui devait conduire le pilote à bord.
Durant cette attente au mouillage un va et vient incessant de vedettes assurait le transport des marchands entre la terre et les navires mouillés.
Les coursives se remplissaient: vente de tapis, narguilés, poteries, cuivres, cartes postales et j'en passe...
Il fallait tout vérifier; parfois des gens de terre arrivaient à prendre des aussières et à les faire passer par les écubiers à l'avant pour les emmener sur leur canot.
Puis les spectacles dans le carré; notamment les tours avec les anneaux.
Enfin lorsque le pilote se présentait, nous devions embarquer les canotiers à l'aide des mâts de charge.
Etant Timonier à cette époque, c'est nous qui faisions la barre, quant aux canotiers, je crois qu'ils devaient dormir ?
Puis enfin après avoir dérapé du mouillage, le navire s'engageait dans le chenal à vitesse réduite pour rejoindre le convoi ( une vingtaine peut être ).
Je me souviens du contraste entre les deux côtés du canal; à gauche le désert tandis qu'à droite une bordure de végétation tranchait avec l'aspect désertique de la côte orientale.
La rive était jonchée de cadavres de tanks, d'anciens blindés, d'avions parfois; rescapés du dernier conflit.
Souvent près des gares de l'Administration du canal on pouvait voir sur des kilomètres des files de personnes avançant en portant une pierre sur la tête.
Puis nous débouchions sur le lac Timsah devant Ismaïlia pour changer de pilote.
Après la traversée du lac commençait la deuxième partie du canal, il me semble qu'une partie était balisée.
Puis j'ai le souvenir de la sortie sur la Mer Rouge avec sa chaleur étouffante ainsi que de la vue de la péninsule du Sinaï. Ensuite nous faisions route soit sur Djibouti, Moroni, la Pointe des Galets ou Majunga.
Le retour des îles se faisait en passant par le Cap Bonne Espérance, pour reprendre la tournée du Nord.
Il me semble que certaines compagnies proposaient de faire la visite touristique des pyramides suivant l'escale ou le temps passé au mouillage.
Un extrait d'un carnet de voyage.
Un seul incident à ma connaissance lors des nombreux passages de Suez; un navire anglais en panne de MP a fait stopper l'ensemble du convoi au point d'en faire échouer un sur la bordure.
Durant ma navigation au large, je n'ai emprunté que ce canal puis Corinthe et Kiel.
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